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Tribune d’expert // Le bio, est-ce vraiment meilleur pour la santé ?

LES RAYONS BIO FLEURISSENT DANS LES SUPERMARCHÉS ALORS QUE LES SCANDALES ALIMENTAIRES AUTOUR DES PESTICIDES NOTAMMENT ENVAHISSENT LES ÉCRANS. POUR FAIRE LE POINT SUR CE QUI EST BON OU PAS À METTRE DANS L’ASSIETTE, NOUS NOUS SOMMES PENCHÉS DE PLUS PRÈS SUR L’ALIMENTATION EN VOGUE : LA BIO.

7 français sur 10 consomment régulièrement du bio et 9 sur 10 en ont consommé en 2016, d’après les derniers chiffres du Baromètre Agence BIO / CSA. 73% aimeraient en avoir davantage en grandes surfaces et 80% en réclament dans les restaurants.

Ce qui leur plaît avant tout ? La non-utilisation d’OGM pour 91% des sondés, l’absence de colorants ou d’arômes artificiels ou encore les exigences sur le bien-être animal. Les deux principales motivations des français à consommer bio sont la volonté de préserver leur santé pour 66% et la volonté de préserver l’environnement pour 56%. En juin 2016 on dénombrait 31 880 producteurs bio en France.

femme qui se balade dans un champ de blé bio

La bio, qu’est-ce que c’est ?

La ou le bio ? Si on dit communément « le bio », nous devrions en réalité parler de « la bio », en tant qu’agriculture biologique. Celle-ci se caractérise par une production sans produit chimique de synthèse, sans OGM et dans le respect de l’environnement, du bien-être animal et de la biodiversité. Les aliments bio transformés ne doivent contenir ni exhausteurs de goût, ni colorants, ni arômes chimiques de synthèse.

Toutes les cultures bio, qu’il s’agisse de légumes, fruits, céréales, animaux, plantes aromatiques ou encore vins, sont alors garanties sans pesticides industriels ou sans traitements antibiotiques non indispensables. La bio s’étend également à de nombreux autres produits du quotidien : entretien du linge et de la maison ou encore produits de beauté et d’hygiène.

Bio, local ou de saison ?

radis et carottes

Il faut différencier l’alimentation bio, l’alimentation locale, et l’alimentation de saison. Qui dit local ne dit pas forcément bio. Les produits bio peuvent être importés. Les produits locaux sont forcément cultivés à proximité de chez vous, et de préférence en circuits courts : vente directe chez le producteur ou indirecte avec seulement un intermédiaire. Cependant, ils ne sont pas forcément bio ! Quant à l’alimentation de saison, elle peut être locale ou pas, bio ou pas : ce sont des fruits et des légumes proposés quand ils sont arrivés de manière naturelle à maturité dans leur zone de production.

Les conditions pour afficher bio

N’affiche pas bio qui veut ! Le cadre réglementaire est strict. Il est désormais défini par l’Union Européenne à travers un cahier des charges complet et obligatoire. Des règlements privés et nationaux peuvent éventuellement le compléter.

Pour obtenir le label bio européen « AB », les produits doivent contenir 100% d’ingrédients biologiques. S’il s’agit de produits transformés, le taux est d’au moins 95%. Également, et comme vu plus haut, le label impose la non utilisation de produits chimiques de synthèse et une interdiction de traces d’OGM au-delà de 0,9%. Dans l’élevage, les animaux doivent bénéficier d’une alimentation sans pesticides. Enfin, la cahier des charges stipule un recours limité aux médicaments et un accès au plein air pour les animaux. Cependant, les scandales quant au mauvais traitement des animaux touchent aussi la filière bio.

Sur les 35 substances actives autorisées en agriculture biologique – pesticides – seules 4 présentent un degré de toxicité. Pour l’agriculture conventionnelle, les chiffres sont de 340 substances avec un degré de toxicité, sur les 389 autorisées. Seuls 47 additifs sont autorisés contre 300 dans l’alimentation conventionnelle.

supermarché maraicher

L’affichage des produits bio est également encadré : il doit comporter le logo, le nom du producteur et la mention « agriculture UE » « non UE » ou « UE/non UE » ; ou à défaut le nom du pays si au moins 98% des produits en sont originaires. Les productions mixtes bio/non bio sont autorisées sous certaines conditions. Les contrôles – annuels et inopinés – et l’attribution du label sont réalisés par un organisme indépendant agréé par les Pouvoirs Publics.

Des études en cours

Les produits bio sont plus compliqués à cultiver : les normes sont strictes, les traitements naturels contre les insectes ou les maladies sont parfois moins efficaces et les pertes de denrées, qui conservent moins longtemps, plus importantes. Les prix de vente sont aussi plus élevés. Ainsi, il apparaît légitime de se poser la question : est-ce que le bio vaut vraiment le coup ? Est-il meilleur pour la santé ? Pour répondre à ces interrogations, plusieurs études ont été menées ces dernières années.

carottes sous la loupe

Dès 2003, l’AFSSA – rebaptisé ANSES en 2010 pour « Agence Nationale de SÉcurité Sanitaire de l’alimentation – avait publié un rapport indiquant que les différences nutritionnelles entre agriculture conventionnelle et agriculture biologique étaient minimes.

En 2009 avait démarré l’étude NutriNet-Santé, financée notamment par l’INPES, l’Inserm ou encore l’INRA, pour comprendre le lien entre nutrition et santé. En février 2014, un nouveau volet de cette étude, nommé BioNutriNet, a été lancé. Financée par l’Agence Nationale pour la Recherche (ANR), elle est la plus grande étude jamais menée sur la consommation bio. Elle devrait durer au minimum 5 ans. L’objectif ? Mieux connaître et mieux comprendre les consommateurs de produits bio, étudier les liens éventuels entre bio et santé (comme les maladies chroniques), avec notamment une partie sur les résidus de pesticides. Les aspects économiques et environnementaux seront également étudiés.

Les volontaires peuvent s’inscrire via la plateforme www.etude-nutrinet-sante.fr. Régulièrement, des questionnaires sont envoyés aux participants. Ce seront au minimum 100 000 participants dont 50 000 consommateurs occasionnels ou réguliers d’aliments bio et 50 000 consommateurs d’aliments conventionnels.

Les qualités nutritionnelles

Les études étant encore récentes et les échantillons étudiés peu représentatifs, il est difficile d’obtenir des certitudes et des chiffres précis. Si les différences nutritionnelles ne sont pas claires et évidentes, les avantages qualitatifs, notamment en terme de pollution, ont déjà été mis en avant.

homme qui tient un panier de légumes frais

Sur la base de 343 études initiales, une méta-analyse de 2014 publiée dans le British Journal of Nutrition indiquait que les aliments issus de l’agriculture biologique possédaient des taux sensiblement plus élevés d’antioxydants. Ces composés polyphénoliques – produits naturellement par les plantes pour se protéger des attaques extérieures – contenus en plus grand nombre dans les fruits, légumes et céréales bio aident à réduire les risques de maladies chroniques, les maladies cardiovasculaires ou encore certains cancers. On constate également des taux légèrement plus élevés de vitamine C, magnésium, de fer et de zinc.

En 2014 et en 2016, l’Université de Newcastle a démontré à travers différentes études que le lait de vaches bio était bien plus riche en Oméga 3 – 60% précisément, grâce à la plus grande quantité d’herbe consommée. Ces acides gras insaturés protègent des risques cardiovasculaires. La viande bio présentait aussi des teneurs plus grandes en acides gras poly-insaturés. Il semblerait que le rythme naturel et la croissance plus lente des animaux permettraient de tels résultats.

En parallèle, pesticides, cadmium (un métal lourd toxique), nitrates et nitrites sont beaucoup moins présents qu’en agriculture conventionnelle.

Les effets sur la santé

L’absence de métaux lourds et de pesticides permet une diminution des risques d’allergies d’après les premiers constats. Également, des études épidémiologiques ont mis en avant les effets négatifs de certains insecticides aux taux autorisés actuels en agriculture conventionnelle sur le développement cognitif de l’enfant. Consommer bio durant la grossesse et la petite enfance permettrait de réduire les risques. Les polyphénols et les oméga 3 en plus grand nombre ont de toute façon des effets bénéfiques sur les maladies chroniques et les maladies cardiovasculaires.

Les consommateurs de bio ont une moindre probabilité d’être en surpoids ou obèse. Cette dernière constatation tient également du mode de vie différent des adeptes du bio.

Un style de vie différent

Les études ont surtout permis de mettre en avant la différence de mode de vie des personnes qui consomment bio.

femme sportive qui tient un smoothie

De manière générale, ils font plus attention à leur alimentation et ont un style de vie plus sain que les personnes qui mangent « conventionnel ». Ils privilégient les aliments d’origine végétale : fruits (+ 20% par rapport à la moyenne), légumes (+ 27%), légumes secs et céréales complètes. Les repas sont davantage équilibrés et variés avec une consommation moindre de boissons alcoolisées (- 18%), de boissons sucrées de viandes (- 34%) ou encore de fastfoods.

Ainsi, pour des apports caloriques similaires entre bio et conventionnel, ce régime alimentaire apporte en moyenne + 10 à 20% de vitamines et minéraux, + 20% d’oméga 3 et + 27% de fibres.

Alors, meilleur ou pas ?

Préservation de l’environnement et de la biodiversité, utilisation de techniques innovantes au lieu de produits chimiques nocifs, maintien des ressources naturelles grâce à la rotation des cultures, sols et nappes phréatiques protégés : les avantages de l’agriculture biologique sur notre planète sont nombreux. Les agriculteurs aussi sont préservés : non seulement ils ne sont plus en contact avec les produits toxiques, mais cultiver bio demande plus de main d’œuvre, donc plus de travail pour le monde agricole.

Les différentes études diront dans les prochaines années si la consommation de bio a réellement un impact bénéfique sur la santé. Pour l’instant, les différences tant en terme de bénéfices santé qu’en terme de valeurs nutritionnelles ne sont pas flagrantes. Les avantages tiendraient plus d’un mode de vie et d’un comportement général différent de la part des consommateurs de bio, entre alimentation équilibrée et sport plus prononcé.

Varier agriculture bio et conventionnelle permet de profiter de produits le plus sains possible sans se ruiner. Les fruits et légumes avec coque ou peau épaisse qui ne se mange pas sont préservés des pesticides et peuvent être choisis en agriculture conventionnelle (petits pois, avocats, mangues…). Les œufs Label Rouge et bio ne présentent aucune différence.

bol de petits frais écossés

Enfin, nous vous conseillons de favoriser une alimentation riche en produits bruts non transformés, riche également en fruits et légumes, de saison et locaux si possible. Choisissez des aliments de qualité et optez pour une cuisson saine. Vous constaterez rapidement une amélioration de votre état général ! Quoi qu’il en soit, n’oubliez pas que chaque personne est différente. Les conseils globaux actuels ne conviennent peut-être pas à tout le monde, et chacun doit trouver l’alimentation adaptée qui lui convient tant pour des raisons médicales que pour des raisons morales !

Crédit photos : Bevissima